Formation : il faut tout changer, dit la Cour des comptes. C'est sous ce titre que débute un article du monde sur le repport de la cour des comptes à propos du monde de la formation professionnel. Je vous retranscris ci-dessous l'intégralité de l'article.
Vous pouvez le consulter dans sa version originale ici
Le monde Jeudi 2 octobre 2008
DES INÉGALITÉS.
Le taux d'accès des demandeurs d'emploi à la formation professionnelle
est de 13 %, contre 34 % pour les salariés.
A partir de 45 ans, le taux d'accès est très faible : moins
de 15 %. De même, les femmes accèdent moins à la formation
que les hommes (écart de 4 points). Enfin, la formation va aux
formés : un diplômé du supérieur sur deux a
suivi une formation contre un qualifié sur dix.
LES PME DÉSAVANTAGÉES.
les entreprises versant le plus sont celles qui s'en servent le moins
: les " 2 000 salariés et plus " versent 11,3 % des fonds
levés par les organismes paritaires collecteurs agréés
(OPCA) et en dépensent 15,3 %. Les " moins de 10 " versent
13 % des contributions pour 12 % dépensés. Les " 10
à 199 salariés " contribuent à 49,6 % et n'en
perçoivent que 46,5 %.
Cela tombe à pic. Alors que le patronat et les syndicats ont entamé,
mardi 30 septembre, les négociations sur la formation professionnelle,
la Cour des comptes a présenté, mercredi, un rapport critiquant
" l'inefficacité " du système et appelant à
une réforme " urgente ".
Cette remise en cause était attendue. Elle reprend, pour la plupart,
les critiques contenus dans les différents rapports sur le sujet.
Le dernier, réalisé sous l'égide de Pierre Ferracci,
PDG du groupe Alpha, spécialisé en conseil social, avait
inspiré le document d'orientation gouvernemental transmis aux partenaires
sociaux fin juillet. Les ministres en charge de l'emploi, Christine Lagarde
et Laurent Wauquiez, y pointaient le manque de transparence dans la collecte
des fonds, les inégalités dans l'accès à la
formation et des financements inaccessibles aux publics les plus en difficulté.
Dans son rapport, la Cour des comptes va au-delà des préconisations
gouvernementales. Elle propose une " mutualisation " plus importante
des fonds considérables de la formation professionnelle, qui représentaient
pour l'année 2006, quelque " 34 milliards d'euros ".
Les magistrats dénoncent des " circuits financiers (...) excessivement
cloisonnés et peu contrôlables " et relèvent
le nombre trop important d'organismes paritaires collecteurs agréés
(OPCA), évalué à une centaine. Derrière la
critique, c'est tout le fonctionnement d'un système qui est pointé
du doigt : nombre de ces organismes de collecte sont suspectés
de contribuer au financement du paritarisme et des organisations patronales,
CGPME en tête. Pour en réduire le nombre, la Cour propose
d'" élever le seuil de collecte donnant lieu à l'agrément
". Le gouvernement a souhaité, lui, fixer le plancher à
100 millions d'euros.
Plus révolutionnaire, le rapport évoque la possibilité
que " la collecte des fonds de la formation professionnelle et de
la taxe d'apprentissage soit transférée à un organisme
unique voire, aux Urssaf ". Une solution qui séduit le gouvernement
mais inquiète les partenaires sociaux. Pour la Cour des comptes,
ce mode de collecte aurait un double avantage : permettre la mutualisation
plus importante des fonds, qui profiterait ainsi davantage aux PME, et
assurer " la transparence de la gestion " des OPCA.
" ACTIONS PRIORITAIRES "
Dans des rapports précédents, notamment en 2007, les magistrats
avaient dénoncé, concernant la gestion des organismes collecteurs,
" des dépenses de personnel trop généreuses
", des rémunérations et des indemnités "
confortables " ou encore des " coûts informatiques mal
maîtrisés ". Les magistrats proposent aussi la création
de " fonds régionaux pour la formation tout au long de la
vie " dans lesquels seraient présents l'Etat, la région
et les partenaires sociaux. Ils y décideraient des " actions
prioritaires " de formation ou " présentant un intérêt
régional marqué ". La Cour des comptes évoque
aussi, comme l'a fait le gouvernement, la suppression de l'obligation
de financement d'une partie de la formation professionnelle. Cette proposition
a déjà suscité l'inquiétude des syndicats.
Au final, insistent les magistrats, il faut une réforme profonde
du système. " Si on n'avance pas sur la mutualisation des
fonds en changeant le mode de collecte, la négociation actuelle
sera un coup pour rien ", prévient Marie-Thérèse
Cornette, présidente de chambre à la Cour des comptes.
Les syndicats et les organisations patronales, qui avaient signé
en 2003 un accord national sur la formation professionnelle - paraphé
y compris par la CGT -, n'entendent pas pour autant se laisser dicter
la réforme. Mis sous pression par le gouvernement qui leur demande
de conclure avant la fin de l'année, pressés par la situation
dégradée de l'emploi qui impose de préparer les salariés
aux reconversions économiques, les partenaires sociaux se sont
d'abord entendus sur une déclaration commune qui se veut une réponse
au gouvernement. Ils y déclarent vouloir " prendre leurs responsabilités
dans le cadre de l'autonomie de la négociation collective ".
Au-delà de ces mouvements d'humeur, les négociateurs se
sont fixé cinq rendez-vous pour discuter des enjeux de la réforme,
des priorités d'accès à la formation, de la délicate
question des moyens et de la gouvernance. La prochaine rencontre est prévue
le 22 octobre.
Rémi Barroux
© Le Monde
Mis à jour le :31 novembre 2008
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